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L’interview de Marc Campesi, designer de bâtiments éco-responsables

Marc Campesi est le dirigeant et associé fondateur du club eOspace, un collectif polyvalent composé d’architectes, de designers et d’ingénieurs qui partagent la même vision : renverser l’impact du bâtiment sur l’environnement et la société, grâce à des rénovations à impact positif. Il intervient sur la surélévation d’un immeuble de bureaux sur le campus d’Europarc du Chêne à Bron, lancé en avril dernier. Il a accepté de partager avec nous sa conception novatrice de l’architecture.

 

« Un cercle vertueux à la fois social, économique et environnemental »

 

Nous faisons en sorte de bousculer l’ordre des choses et de déplacer progressivement les curseurs afin de faire avancer vers une ville plus durable. Cela représente un challenge intéressant, puisqu’il entraîne une dynamique positive : c’est un cercle vertueux à la fois social, économique et environnemental. C’est pourquoi nous nous efforçons de promouvoir ces nouvelles visions au sein des entreprises.

 

Si ces idées commencent à émerger dans le secteur tertiaire, cela reste assez complexe d’amplifier le volet environnemental. Il ne s’agit pas d’absence de volonté mais plutôt d’une difficulté à changer les habitudes. Nous essayons de sortir nos clients de leur zone de confort. Notre collectif s’inscrit dans une démarche assez libre et s’adapte à chaque typologie de projet.

 

« Soit on vend de la surface, soit on apporte de la valeur ajoutée »

 

En conviant Marc [Pigeroulet] à différentes manifestations impliquant des acteurs de la ville durable, il est devenu pro-actif en la matière. Cela a eu un impact considérable sur ses projets. Dans l’argumentaire commercial, cette dimension va même pouvoir être mise en avant comme un atout complémentaire. C’est simple : soit on vend de la surface, soit on apporte de la valeur ajoutée.

 

Par exemple, le programme Europarc du Chêne va intégrer des initiatives comme la présence de vélos électriques en libre-service , ou encore de prises de rechargement pour les voitures, ce qui n’était pas envisageable, il y a encore quelques mois. Ces éléments apportent une forte valeur ajoutée pour les entreprises, car ils constituent des éléments différenciants et positifs.

 

 

EuroParc du Chene Bron

 

Dans le cadre de ce projet, on travaille principalement sur la surélévation du bâtiment ; nous mettons en place une stratégie de projet afin d’emmener la démarche le plus loin possible, notamment en termes de matériaux et de traçabilité de produits, en ayant recours à des entreprises et des industriels locaux.

 

Nous travaillons sur deux aspects : l’éco-responsabilité et la qualité de vie dans les espaces de travail. Car c’est avant tout un espace habité : on passe la majeure partie de son temps sur son lieu de travail, autant rendre ce lieu agréable et ergonomique.

 

Quant à la question de la rentabilité, je réponds que nous avons une approche durable qui tient compte du coût global du projet. C’est rentable, parce que cela crée un événement autour du bâtiment et cela ajoute un facteur différenciant. Nous avons constaté plus de motivation et une meilleure productivité des usagers dans des locaux confortables, sains et ergonomiques.

 

D’autre part, il n’y a pas de gros surcoût constructif pour ce type de chantiers, c’est une fausse idée. Je pense qu’il ne faut pas hésiter à déplacer les curseurs et déployer à grande échelle ce type de démarche. Il y a des entreprises très qualifiées dans la région qui offrent un réel savoir-faire et un accompagnement aux entreprises.

 

« Notre démarche, c’est le confort de vie »

 

L’impact positif se travaille en termes d’environnement bien sûr, mais aussi au niveau humain. On accorde beaucoup d’importance au bien être d’autrui aujourd’hui. Nous sommes tous des êtres humains, qui ont des liens sociaux, des ressentis. La qualité de l’air, la température, la qualité acoustique, le confort visuel sont au cœur de nos préoccupations.

 

Nous sommes dans une démarche de valorisation d’idées. Prenons l’exemple de l’isolation à base de chanvre : c’est un régulateur d’humidité, cela ralentit le flux thermique pour améliorer le confort en été, et en plus, ça a une odeur agréable – imaginez aller travailler dans un bureau qui sent la paille…

 

Notre démarche, c’est le confort de vie. On va parfois être amenés à réduire les curseurs, à adapter le projet pour des contraintes de commercialisation, mais certaines entreprises nous font confiance car c’est une réelle valeur ajoutée pour leur image et leur performance.

 

eospace

 

Rendre les bâtiments « connectés » est aussi un aspect important pour nous : nous travaillons beaucoup sur la domotique, en l’adaptant à l’échelle du bâtiment et de ses usages. Selon moi, il faut avant tout travailler sur l’ergonomie de ces systèmes, afin de les rendre accessibles à l’usager final, car c’est sa satisfaction qui importe avant tout. Nous avons développé un outil pour recueillir les avis des usagers : cela nous permet de régler des paramètres en post-opérationnel en fonction de ces ressentis. Nous agissons ainsi dans une logique d’amélioration continue et durable.

 

Je suis en veille permanente, tout va très vite : j’anime un club d’acteurs de la vie durable, en partenariat avec des industriels et des universitaires. Chaque membre du club est en veille sur l’innovation avec l’efficience comme critère N°1. Innover n’est pas une fin en soi: il faut qu’un équipement fonctionne et qu’il soit  apprécié pour être utilisé !

 

On recherche des produits et des concepts qui entrent dans une démarche globale de qualité d’usage et d’ergonomie, avec une possibilité de maintenance et d’accompagnement sur le long terme.